10 conseils pour réussir une photo de rue.

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1 – CHOISIR LE BON MATÉRIEL ET LE RÔLE DE L’AUTOFOCUS.

Si vous voulez réaliser des instantanés précis et maîtrisés, le reflex numérique reste l’outil le plus performant. Oubliez bridges et compacts d’entrée de gamme et méfiez-vous des petits hybrides qui annoncent des séquences rafales spectaculaires. Le problème n’est pas de faire 5, 7 ou 10 images par secondes, mais d’avoir l’appareil qui déclenche exactement à la fraction de seconde où on le souhaite. Pour certains, le nec plus ultra pour la photo sur le vif reste le LEICA M, mais cela demande un investissement financier important et une maîtrise de cet appareil atypique.

Par contre,  et au delà du boîtier, c’est l’objectif et son mode AF qui seront déterminants. Dés que l’on utilise un zoom, la mise au point focale est plus délicate à régler, le nombre de lentilles à déplacer étant nettement plus important. Seuls les modèles « pros » montés sur des reflex haut de gamme permettront de rivaliser avec Pascal Maitre.

En revanche, en s’habituant à utiliser une ou deux focales fixes, grands-angulaires, disons un 24mm et un 35mm, on profitera à la fois de grandes profondeurs de champs et de points de vue très dynamiques. C’est en se rapprochant de l’action que l’on réalise les instantanés les plus intéressants.

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2 – PRE-RÉGLER SON BOÎTIER

Les appareils photo actuels sont trop compliqués pour la photo instantanée. Ils sont surchargés d’automatismes aussi inutiles à utiliser que complexes à mémoriser. Donc pour aller « droit au but » la première chose à faire consiste à désactiver l’essentiel de ces deux modes assistés et de se concentrer sur deux ou trois réglages maximum.

  • La sensibilité ISO doit être au moins réglée entre 400 et 1200, sur la plupart des appareils antérieur à 2010. Depuis ces dernières années avec la montée en puissance des sensibilités des capteurs modernes certains appareils de nouvelle génération acceptent sans difficulté des réglages sur 3200 voire même 6400 ISO sans apparition de bruit sur les images enregistrées.

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  • Le mode exposition « A » ou « Av » sur certains boîtiers est le plus pratique à utiliser. En tournant la molette des diaphs, une vitesse s’affiche et l’exposition est toujours correcte.

Pour l’autofocus, il est essentiel de régler la mise au point sur le capteur central ou éventuellement passer en mode de mise au point manuelle et d’évaluer la distance sujet/appareil. Ensuite il faut oublier toute autre technique et se concentrer sur ce qui se passe dans le viseur.

3 – REPERER LA LUMIERE

Il est très rare qu’un fait soit suffisamment  spectaculaire pour être photographié sans tenir compte de la lumière. En règle générale, c’est la lumière, le contraste, les couleurs, bref c’est le contexte « esthétique » de l’image qui attire notre regard et qui nous pousse à rechercher le moment idéal, celui où une action s’intègre avec élégance et graphisme dans un cadre préétabli.

Quand on voyage, il faut commencer par appréhender « l’esprit lumineux » du lieu. En Islande ou dans les Caraïbes on ne se comportera pas de la même façon, notre regard ne sera pas attiré par les mêmes lumières et les mêmes matières. Il faut donc apprendre à lire la lumière et à profiter notamment des zones de contre-jour qui donnent souvent des images plus contrastées et plus dynamiques.

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Le plus souvent on mémorisera l’exposition sur les hautes lumières, une sous exposition sera toujours préférable à une surexposition. L’important n’est pas de restituer la réalité, mais de l’interpréter en se focalisant sur la scène d’action.

4 – COMPRENDRE L’AUTOFOCUS

Les systèmes autofocus utilisent les zones de contrastes pour faire la mise au point. Celle-ci sera d’autant plus rapide et précise que l’on cadrera une scène avec une forte alternative des zones claires et des zones sombres. En revanche devant un mur de couleur uniforme, derrière une vitre ou face à l’horizon, on aura intérêt à désactiver l’AF et de passer en mise au point manuelle. Sinon, il y a de fortes chances que le système AF patine et fasse des aller-retours dans la map au moment crucial.

Choisir un mode AF-Continu permettra de déclencher en rafale mais sans garantie aucune sur une parfaite netteté. C’est pourquoi il est important de se familiariser avec ces situations délicates et utiliser si possible une mise au point manuelle avec de courtes focales qui présentent l’avantage de procurer des profondeurs de champs importantes. Faire une confiance aveugle du mode AF automatique de son boîtier est une erreur à ne pas commettre. Ce n’est pas en mitraillant à tout va que l’on va faire les meilleurs instantanés et l’instant décisif.

5 – ANTICIPER SUR L’ACTION

Deux cas de figure existent :

  • Les situations où il se passe quelque chose de dynamique et de mouvementé ( carnaval, défilé, manifestation … ). Le photographe doit alors organiser dans son cadre le chaos ambiant. L’exercice est stressant mais finalement assez facile à maîtriser.
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  • Les situations où il ne se passe rien d’évident … Quand on parcourt les rues d’une ville, à l’affût d’instantanés vivants, on se rend vite compte qu’il ne suffit pas de flâner et d’attendre que le hasard fasse bien les choses ! Au contraire, la chance ne sourit qu’à ceux qui l’ont anticipé. En l’occurrence il va s’agir de préparer son cadre et son « instant » et d’attendre que son piège visuel se referme sur quelque chose.
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6 – CADRER EN FONCTION DU DECOR ET DU CONTRASTE LUMINEUX

La photographie est un langage déroutant : certaines anecdotes visuelles qui retiennent notre attention dans la vie deviennent fades et banales une fois « traduites » en langage photographique. En revanche, des situations a priori « insignifiantes » vont permettre de créer des instantanés pertinents. Acquérir un regard photographique, c’est savoir détecter ces moments anodins mais photogéniques ! En effet, photographier sur le vif, ne veut pas dire forcément que l’on arrête une scène d’action. C’est aussi déclencher au bon moment pour débusquer une géométrie, une harmonie, une incongruité, un écho visuel … Les lieux à fort contraste sont ainsi des terrains de jeux très pertinents.

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Les passants s’y inscrivent dans une sorte de cache-cache et le photographe devra déclencher au moment où son idée se matérialise dans le viseur. Il va alors s’agir d’un moment purement photographique puisque aucune autre personne n’aura vu pourquoi l’on déclenche à cet instant précis et dans ce lieu-ci.

7 – SE RENDRE INVISIBLE

Dès que l’on s’attaque à la photo « volée » en reportage, une question surgit : « comment passer inaperçu avec son matériel ? ». Plusieurs cas se présentent à nous.

Dans un milieu touristique ou lors d’une fête, on pourra se fondre facilement dans la foule et passer pour un touriste. Les choses se compliquent quand on opère « à découvert » dans un espace moins peuplé et plus banal. Il faut alors s’intégrer au décor, faire de fausses photos par exemple de la personne qui nous accompagne si nous ne sommes pas seul. Tout ceci sans perdre de vue ce qui nous intéresse et en prenant son temps pour que notre présence paraisse naturelle et se fasse oublier au bout d’un certain temps.

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C’est alors que l’on pourra commencer à chercher son cadre, utiliser éventuellement le mobilier urbain pour décor ou faire semblant de viser un monument à l’arrière plan. Chacun pensera que l’on veut photographier cette statue taggée ou ce mur décoré. En réalité c’est la venue d’une personne que vous allez cadrer à la volée dans votre viseur.

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8 – LE RÔLE ESSENTIEL DE L’EDITING.

Là encore, il faut combattre certaines idées reçues : les occasions sont rares de réussir une photo sur le vif vraiment intéressante mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe qu’UN moment fort dans une scène. Souvent le photographe expérimenté va réaliser de nombreuses vues autour du même axe de cadrage. Il choisit peu de sujets, mais quand il en tient un, il ne le lâche plus. Là où l’amateur débutant croit avoir épuisé la situation en trois minutes et dix vues identiques saisies en rafale, l’expert de la photo reportage travaille sa scène en profondeur. Ce perfectionnisme est une des cléfs du succès, mais il ne doit pas s’arrêter à la prise de vue. On doit le retrouver au moment de la sélection des photos. Souvent, de nombreuses images se ressemblent mais le rôle du photographe est de n’en retenir qu’une, celle qui sera imprimée et publiée…

9 – LE CHOIX DE LA BONNE VITESSE

La règle classique dit que pour éviter le flou de bougé, on doit utiliser une vitesse d’obturation proche de l’inverse de sa focale. Soit 1/60s pour un 50mm, le 1/250s pour un 200mm …Quand le sujet est en mouvement, il faut décaler ce calcul d’environ trois crans : soit 1/500s avec un 50mm, 1/2000s avec un 200mm. Les hautes sensibilités des réflex numériques facilitent l’accès à ces vitesses élevées.

Toutefois, il faut quand même tenir compte du type de sujet que l’on va photographier (piéton, oiseau, vélo etc …) et de la distance qui nous sépare.

Plus le sujet est près (et c’est souvent le cas avec un grand angulaire) et plus il faudra augmenter la vitesse ! Toutefois, le choix de figer l’action n’est pas toujours une nécessité. Souvent un léger flou peut être bénéfique, notamment pour traduire un sentiment de vitesse et de mouvement. Ce sera donc a chacun de trouver sa vitesse qui va procurer le rendu désiré. Les objectifs stabilisés sont parfaits pour cela. On peut également adopter le principe du filé où, à des vitesses comprises généralement entre 1/30s et 1/125s, on suit son sujet dans  un travelling. Le sujet principal est alors plus net que l’arrière-plan, ce qui traduit bien la fugacité de l’instant.

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10 – CADRER LARGE

Avec le numérique et l’arrivée des très hautes définitions (18MP et au-delà !), on dispose d’un outil ultra-performant : le recadrage ! Perdre quelques pixels ne doit plus être un problème, ce qui procure un vrai confort de travail quand on opère en photo instantanées ou sur le vif.

Bien sûr, un recadrage ne sauvera pas un instant décisif raté ou un cadrage bâclé. Mais quand on doute sur sa distance et sa focale, il est toujours préférable d’élargir l’angle de champs. C’est pourquoi l’emploi d’un grand-angulaire comme le 28mm est parfait pour saisir des scènes de rue à la volée. Et ceux qui veulent cadrer serré pourront faire confiance à un 50mm qui se transformera facilement en un 80, 100 ou même 135mm après ajustement du cadre sur l’écran de l’ordinateur. Ce conseil fera hurler les puristes mais il semble réaliste et judicieux avec les moyens actuels et les performances de nos appareils.

7 réflexions au sujet de « 10 conseils pour réussir une photo de rue. »

  1. Très intéressant… et vu comme cela, cela parait très facile de réussir ses photos de rue!… J’ajouterais un 11ème point: le talent du photographe!

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